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Le Rwanda défend une réforme stratégique de l’OACPS pour renforcer son autonomie financière et maximiser les retombées économiques

À l’occasion du 11ᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, tenu le 28 mars 2026 à Malabo, le Rwanda a porté un message clair : transformer l’organisation en un levier efficace de financement, d’investissement et de croissance économique durable pour ses États membres.

Représentant le président Paul Kagame, le Premier ministre Justin Nsengiyumva a défendu une vision structurée et pragmatique visant à réduire la dépendance historique de l’organisation aux financements extérieurs, notamment ceux de l’Union européenne, tout en renforçant sa crédibilité financière.

Une critique implicite d’un modèle dépassé

Derrière l’appel à un financement durable se profile une critique du modèle actuel de l’OACPS, longtemps caractérisé par une forte dépendance à l’aide extérieure. Ce modèle, bien qu’ayant permis de soutenir plusieurs programmes de développement, limite la capacité de l’organisation à définir ses priorités de manière souveraine et à réagir efficacement aux mutations économiques mondiales.

PM Nsengiyumva a bien représenté son président

Le Rwanda, à travers son intervention, met en avant la nécessité d’un changement de paradigme : passer d’une logique d’assistance à une logique d’investissement et de responsabilité collective. Cette approche s’inscrit dans la stratégie plus large du pays, qui privilégie l’autonomie économique, la discipline budgétaire et l’attraction d’investissements structurants.

Trois leviers pour une transformation en profondeur

Le discours du Dr Nsengiyumva s’articule autour de trois axes stratégiques qui traduisent une vision cohérente de réforme.

Le premier levier concerne le renforcement de la production nationale au sein des États membres. Pour le Rwanda, la capacité des pays à financer leurs contributions dépend directement de la solidité de leurs économies. En encourageant la transformation locale, l’industrialisation et la diversification économique, les États peuvent générer des ressources internes suffisantes pour soutenir durablement l’organisation.

Le deuxième levier vise à améliorer la qualité et la structuration des projets proposés par les États membres. Le Rwanda insiste sur la nécessité de concevoir des projets bancables, capables d’attirer des financements auprès d’institutions régionales et internationales.

Cela implique une meilleure planification, une évaluation rigoureuse des risques et une coordination accrue entre les pays. Cette approche reflète l’expérience rwandaise en matière de gestion de projets, souvent saluée pour sa rigueur et son efficacité.

Le troisième levier repose sur le développement de partenariats stratégiques. L’objectif est de mobiliser à la fois des acteurs traditionnels et émergents, dans une logique de co-investissement et de partage des risques. Cette diversification des partenaires permettrait à l’OACPS de ne plus dépendre d’un nombre limité de bailleurs, tout en accédant à de nouvelles sources de financement.

Les retombées concrètes pour le Rwanda

Au-delà du discours diplomatique, la position du Rwanda est guidée par des intérêts économiques et stratégiques bien définis.

D’abord, une OACPS financièrement autonome offrirait au Rwanda une plateforme élargie pour attirer des investissements. En contribuant à structurer des projets régionaux solides, le pays peut se positionner comme un hub d’investissement en Afrique de l’Est, notamment dans des secteurs clés comme les infrastructures, les technologies et les services.

Ensuite, cette réforme permettrait au Rwanda de renforcer son influence diplomatique. En apparaissant comme un acteur discipliné et moteur au sein de l’organisation, Kigali consolide sa crédibilité sur la scène internationale. Le respect régulier de ses obligations financières constitue, à cet égard, un levier de leadership et d’exemplarité.

Par ailleurs, l’accent mis sur les partenariats et les investissements conjoints ouvre des opportunités concrètes pour les entreprises rwandaises. Celles-ci pourraient accéder à de nouveaux marchés au sein des 79 pays membres de l’organisation, favorisant ainsi les exportations et la croissance économique.

Enfin, la promotion d’un modèle fondé sur les ressources internes est cohérente avec les ambitions nationales du Rwanda, qui cherche à réduire sa dépendance à l’aide extérieure. Cette convergence entre politique nationale et action multilatérale renforce la cohérence de la stratégie rwandaise.

Le rôle structurant de l’accord de Samoa

Le Rwanda inscrit également sa vision dans le cadre des accords signés à Samoa, qui redéfinissent les relations entre l’OACPS et ses partenaires, notamment l’Union européenne. Ces accords offrent une opportunité de repenser les mécanismes de financement et de promouvoir des solutions innovantes, telles que les financements mixtes ou les instruments de garantie.

Pour Kigali, il s’agit de tirer parti de ce cadre pour accélérer la transition vers un modèle plus autonome et plus orienté vers les résultats.

Un appel à un changement de mentalité

Au cœur du message rwandais se trouve une exigence claire : les États membres doivent adopter une nouvelle mentalité. La dépendance aux financements extérieurs, bien qu’historiquement compréhensible, constitue désormais un frein à l’efficacité et à la crédibilité de l’organisation.

Le Rwanda plaide pour une responsabilisation accrue des États, fondée sur le respect des engagements financiers et la mobilisation de ressources internes. Cette discipline collective est présentée comme une condition indispensable à la réussite de la réforme.

Une stratégie alignée sur les mutations globales

Dans un contexte international marqué par la raréfaction des ressources d’aide et la montée de nouvelles puissances économiques, la position du Rwanda apparaît en phase avec les réalités actuelles. L’accent mis sur l’investissement, la production et les partenariats reflète une adaptation aux nouvelles dynamiques de l’économie mondiale.

En guise de cconclusion, l’intervention du Rwanda ne se limite pas à un plaidoyer pour le financement durable de l’OACPS. Elle propose une véritable feuille de route pour transformer l’organisation en un acteur économique crédible et influent. Pour le Rwanda, cette transformation représente à la fois une opportunité de renforcer sa position stratégique et un moyen de promouvoir un modèle de développement fondé sur l’autonomie, la discipline et l’innovation.

Alphonse

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