dim. Oct 4th, 2026

ZLECAf : le Rwanda pousse ses femmes, jeunes et PME à l’assaut du marché africain

Le Rwanda veut accélérer la participation des femmes, des jeunes et des petites et moyennes entreprises (PME) au commerce continental, alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre progressivement un marché de quelque 1,4 milliard de consommateurs.

Dr Odilia Birenam Gnassingbé-Essonam, Coordinatrice du Programme  Commerce à la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF)

Les acteurs publics, les partenaires au développement et le secteur privé ont insisté sur une même urgence : faire passer la ZLECAf du registre des engagements politiques à celui des opportunités économiques réellement accessibles aux entrepreneurs.

Cette ambition était au cœur d’un atelier de renforcement des capacités consacré au Protocole de la ZLECAf sur le commerce des services, organisé le 13 août à Kigali.

Thadhim Uwizeye  MD de Olado Business  Group Ltd et  Kayitare Gloire, Politique Commerciale Externe au MINICOM

La rencontre a réuni des entrepreneures, de jeunes dirigeants de PME, des représentants des pouvoirs publics, du secteur privé et des organisations partenaires autour des obstacles qui limitent encore l’accès des petites entreprises aux marchés africains.

Pour le gouvernement rwandais, l’enjeu dépasse la seule ouverture commerciale. Il s’agit aussi de stimuler l’innovation, d’élargir les débouchés des entreprises locales et de créer davantage d’emplois.

Doreen Ntawebasa, Directrice Générale au Ministère du Commerce et de l’Industrie (MINICOM),

a rappelé l’engagement du Rwanda à construire un environnement permettant aux entreprises de tirer profit de l’intégration économique africaine.

Selon elle, la ZLECAf constitue une occasion d’accroître les échanges, de favoriser l’innovation et de soutenir la création d’emplois, à condition que les entrepreneurs disposent des connaissances, des compétences et des outils nécessaires.

Christine Byaruhanga Mugisha, Associée à TRAPCA

Le Rwanda, avec ses partenaires de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), a notamment engagé l’ouverture de cinq secteurs de services dans le cadre de la ZLECAf :

Les services aux entreprises, les communications, les services financiers, le tourisme et les services liés aux voyages, ainsi que les transports.

Des opportunités encore difficiles à saisir

L’ouverture d’un marché continental ne garantit toutefois pas, à elle seule, l’accès des PME à ce marché. C’est précisément le fossé entre les engagements institutionnels et leur mise en pratique qui préoccupe les participants.

Christine Byaruhanga Mugisha, associée à l’ESAMI-TRAPCA, a expliqué que les évaluations réalisées dans dix pays africains ont mis en évidence plusieurs lacunes dans la compréhension pratique de la ZLECAf.

Au Rwanda, l’intérêt des PME et des jeunes entrepreneurs pour le commerce transfrontalier est réel, mais beaucoup ne savent toujours pas précisément comment accéder aux marchés régionaux.

Adeodata Marie Ange, Rwanda National ACBF et AFCTA, Championne et fondatrice de COINS PA LTD, Dr Odilia Birenam Gnassingbé-Essonam et Amos Akandwanaho, Rwanda National ACBF AFCTA Champion

Les difficultés concernent notamment la connaissance des procédures commerciales simplifiées, les règles d’origine, les exigences sanitaires et phytosanitaires, les normes techniques, les mécanismes de signalement des barrières non tarifaires et les conditions d’accès aux différents marchés.

À cela s’ajoutent des obstacles très concrets : coût de la logistique, exigences documentaires variables, accès limité à l’information et difficultés liées aux paiements transfrontaliers et aux opérations de change.

Ces contraintes touchent particulièrement les femmes et les jeunes, alors même qu’ils constituent une part essentielle du tissu entrepreneurial africain.

Au Rwanda, le taux de chômage des jeunes était de 15,7 % en juin 2026, contre 11,9 % chez les adultes, selon les données citées lors des discussions. L’enjeu de leur insertion dans les chaînes de valeur régionales revêt donc également une dimension sociale et économique majeure.

Le commerce des services, un levier stratégique

Pour Dr Odilia Birenam Gnassingbé-Essonam, représentante de l’African Capacity Building Foundation (ACBF), le marché continental peut devenir un puissant moteur de croissance si les entreprises sont suffisamment préparées pour en tirer parti.

Les secteurs identifiés comme particulièrement prometteurs comprennent les services professionnels, la logistique, la finance, les services numériques, le commerce électronique et les industries créatives.

Ces domaines offrent notamment aux jeunes entreprises la possibilité d’exporter des services sans supporter les mêmes contraintes matérielles que le commerce traditionnel de marchandises.

L’objectif, a-t-elle souligné, est de permettre aux femmes et aux jeunes de bâtir des entreprises compétitives, d’accéder aux marchés régionaux et de contribuer directement à la transformation économique du continent.

Cette transformation passe aussi par l’innovation financière. Adeodata Marie Ange, fondatrice et directrice générale de COINS PA LTD et championne nationale de la ZLECAf pour l’ACBF au Rwanda, estime que les PME doivent être davantage associées à la recherche de solutions.

Elle cite notamment les technologies financières susceptibles de faciliter les transferts transfrontaliers entre monnaies africaines et de réduire les frictions qui pénalisent les petites entreprises.

Les participants ont également évoqué l’intérêt de solutions comme le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), ainsi que la nécessité de disposer d’un mécanisme centralisé permettant aux entreprises d’obtenir rapidement des informations fiables sur les marchés, les réglementations et les procédures.

Passer de la sensibilisation à l’action

Le programme de renforcement des capacités mis en œuvre par l’ESAMI-TRAPCA, avec l’appui de l’ACBF, s’inscrit dans cette logique. Il combine évaluations de préparation, webinaires, formations virtuelles et sessions présentielles, avec pour objectif d’aboutir à des plans d’action nationaux, des notes de politique publique et des études de cas.

Les participants ont suivi les échanges avec une attention particulière

Pour les acteurs réunis à Kigali, l’enjeu est désormais de maintenir cet effort au-delà des ateliers. Une meilleure préparation à l’exportation, un accompagnement de proximité, des informations simplifiées et une implication accrue du secteur privé sont indispensables pour que les PME puissent franchir le pas entre l’intérêt pour la ZLECAf et la conquête effective de nouveaux marchés.

L’avenir de la ZLECAf au Rwanda se jouera ainsi moins dans les déclarations de principe que dans la capacité à rendre ses instruments compréhensibles et utilisables par les entrepreneurs.

Si les femmes, les jeunes et les PME parviennent à devenir des acteurs à part entière du commerce continental, l’intégration africaine pourrait alors se traduire non seulement par davantage d’échanges, mais aussi par davantage d’emplois, d’entreprises compétitives et de valeur créée localement.

Pour le Rwanda, le défi est donc clair : transformer l’ouverture du marché africain en une réalité commerciale accessible à ceux qui constituent l’essentiel de son potentiel entrepreneurial.

Alphonse Uhagaze

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